Parlons d’un sujet qui touche le cœur et l’âme de beaucoup de femmes et de couples musulmans : peut-on avorter en islam ?
C’est une question lourde, chargée d’émotions, de doutes et parfois de détresse. On se sent perdue, on cherche une réponse claire, mais on a peur du jugement. Pourtant, l’islam est une religion de miséricorde et de facilité. Il ne nous laisse jamais sans guide.
Alors, prenons une grande respiration. Que dit vraiment le Coran et la Sunna sur l’avortement ? Est-ce toujours interdit ? Y a-t-il des exceptions ? Et surtout, comment gérer cette épreuve avec foi et sérénité ?
On va décortiquer tout ça ensemble, InshAllah.
Le principe de base : la vie est un dépôt sacré
Avant toute chose, il faut poser une fondation solide. En islam, la vie humaine est sacrée. Allah ﷻ nous dit dans le Coran :
« … Quiconque tue une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière. Et quiconque lui sauve la vie, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité entière. » (Sourate Al-Ma’idah, verset 32)
Ce verset est puissant. Il nous montre le poids immense de chaque vie. L’enfant dans le ventre de sa mère n’est pas une simple “chose”. C’est une âme en devenir, un dépôt d’Allah.
C’est pour cela que la majorité des savants considèrent l’avortement comme interdit (haram) après un certain stade. Mais attention, ce n’est pas un interdit absolu et sans nuances.
Les grandes étapes de l’âme : le moment clé des 120 jours
C’est là que ça devient très concret. Le Prophète Muhammad ﷺ nous a expliqué le développement de l’enfant dans le ventre de sa mère avec une précision incroyable.
« La création de l’un de vous est réunie dans le ventre de sa mère pendant quarante jours sous forme de goutte (nutfah), puis il devient une adhérence (‘alaqah) pendant une période similaire, puis il devient un morceau de chair (mudghah) pendant une période similaire. Ensuite, un ange est envoyé, qui lui insuffle l’âme (ar-rouh). » (Rapporté par Al-Bukhari et Muslim)
Ce hadith est la clé de compréhension du sujet. Il nous montre qu’avant 120 jours (40+40+40), l’enfant n’a pas encore reçu d’âme. Après 120 jours, il est considéré comme une personne à part entière.
Avant 120 jours : un avis plus nuancé
Ici, les avis des savants divergent. Et c’est important de le savoir pour ne pas tomber dans une rigidité qui n’existe pas.
- L’avis majoritaire (école Hanafite, Malikite, Shafi’ite, Hanbalite) : Même avant 120 jours, l’avortement est déconseillé (makrouh) ou interdit (haram) sans raison valable. On ne joue pas avec la vie.
- L’avis plus permissif (certains savants malikites et shafi’ites) : Il est permis avant 40 jours, voire avant 120 jours, s’il y a une raison légitime et valable.
Qu’est-ce qu’une raison valable ? On va le voir tout de suite.
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Après 120 jours : l’interdit est quasi-absolu
Une fois que l’âme a été insufflée, la règle change du tout au tout. À partir de ce moment, l’avortement est formellement interdit (haram) selon l’unanimité des savants. C’est considéré comme un meurtre, sauf dans un cas très précis dont on va parler.
Tableau récapitulatif : les positions des écoles
Pour y voir plus clair, voici un tableau qui résume les positions des quatre grandes écoles juridiques sunnites.
| École juridique | Avant 40 jours | 40-120 jours | Après 120 jours | | :— | :— | :— | :— | | Hanafite | Permis avec une excuse valable (faible, souvent déconseillé) | Interdit (haram) sauf excuse majeure | Interdit (haram) absolument | | Malikite | Déconseillé (makrouh), permis en cas de nécessité | Interdit (haram) sauf nécessité vitale pour la mère | Interdit (haram) | | Shafi’ite | Permis pour une raison valable | Interdit (haram) sauf nécessité extrême | Interdit (haram) | | Hanbalite | Déconseillé (makrouh) | Interdit (haram) | Interdit (haram) |
Note importante : Ce tableau est une simplification. La réalité est plus nuancée et dépend de l’intention et des circonstances. Consultez toujours un savant de confiance.
Les exceptions : quand l’islam autorise-t-il l’avortement ?
L’islam n’est pas une religion rigide. Il prévoit des exceptions pour les situations de détresse extrême. Les deux principales raisons qui peuvent rendre l’avortement licite (halal) après consultation sont :
- Le danger vital pour la mère : Si la vie de la mère est en danger. Dans ce cas, la mère est la source de vie établie, et on peut interrompre la grossesse pour la sauver. C’est le principe du “moindre mal”.
- La malformation grave et certaine du fœtus : Si des médecins de confiance certifient que l’enfant naîtra avec une malformation tellement grave qu’il ne pourra pas survivre ou souffrira atrocement, certains savants contemporains autorisent l’avortement, de préférence avant 120 jours.
En revanche, les raisons comme “je n’ai pas assez d’argent”, “je ne suis pas prête”, ou “c’est une fille” ne sont pas des excuses valables en islam. Allah ﷺ nous met en garde contre le fait de tuer nos enfants par peur de la pauvreté :
« Ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté ; c’est Nous qui leur attribuons leur subsistance, tout comme à vous. » (Sourate Al-Isra, verset 31)
Un mot sur le viol et l’inceste
C’est une question qui revient souvent, et elle est d’une grande douleur. Une femme victime de viol porte un traumatisme immense. Que dit l’islam si elle tombe enceinte ?
La majorité des savants contemporains autorisent l’avortement dans ce cas, surtout avant 120 jours. Certains, comme le cheikh Al-Qaradawi (qu’Allah lui fasse miséricorde), l’ont même autorisé après 120 jours, en raison de la détresse psychologique extrême de la mère. L’idée est de ne pas ajouter une souffrance insupportable à une victime.

Comment gérer cette épreuve spirituellement ?
Si tu es confrontée à cette question, sache que tu n’es pas seule. Voici quelques conseils pour traverser cette tempête.
- Fais preuve de patience et de confiance (Sabr et Tawakkul) : Rappelle-toi qu’Allah ne t’impose pas une charge que tu ne peux supporter. Cette grossesse est peut-être une épreuve, mais aussi une immense bénédiction déguisée.
- Consulte des savants : Ne te contente pas de lire des articles sur Internet. Va voir un imam de confiance, un savant qui connaît ta situation et peut te donner une réponse personnalisée.
- Cherche un soutien psychologique : N’hésite pas à parler à un psy ou à une association. Le poids émotionnel est énorme, et tu n’es pas obligée de le porter seule.
- Fais des invocations (Dua) : Demande à Allah de t’accorder la force, la sagesse et la sérénité. L’invocation est l’arme du croyant.
Ô Allah, guide-moi dans cette décision difficile. Accorde-moi la force d’accepter Ta volonté et la sagesse de faire le bon choix. Âmin.
Conclusion : La miséricorde avant tout
Alors, peut-on avorter en islam ? La réponse n’est ni un “oui” ni un “non” sec. C’est un chemin nuancé, balisé par la foi, la raison et la miséricorde.
Le principe de base est l’interdiction de prendre la vie. Mais l’islam reconnaît les situations de détresse extrême (danger pour la mère, malformation grave, viol) et offre des exceptions, surtout avant le souffle de l’âme à 120 jours.
L’important, c’est de ne pas prendre cette décision à la légère. C’est une affaire entre toi et ton Créateur. Fais preuve de sincérité, consulte des personnes de confiance, et surtout, ne te juge pas trop durement. Allah est Celui qui pardonne, et Il est le Plus Miséricordieux des miséricordieux.
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Guides Islamiques
Équipe éditoriale — guidesislamiques.fr
Collectif de rédacteurs passionnés par la transmission des savoirs islamiques en langue française, au service des communautés musulmanes francophones.